29/08/2012

Châteaux d’Espagne

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Châteaux d’Espagne, où êtes-vous,                                  
Toujours si hauts, si loin de nous
Au bout d’une route impossible
Mon cœur ouvert servant de cible…
Il a fallu marcher longtemps,
Toujours malheureux mais content,
Vers cette Espagne à voix de flamme
Qui brûle à tout jamais son âme
Et qui l’étrangle de ses mains,
Qui la traîne par les chemins…                     

Châteaux de pierre et de mystère
Où tous les châtelains sont morts…
Mon âme est pure, elle est entière,
La fatigue me fait du tort.
Je ne sais plus marcher sans aide,
Je ne suis pas le Juif errant.
A danser sur la corde raide,
On y perd le souffle et le sang,
On y perd tout ce qu’on y gagne,
On se retrouve dépouillé
Et les fameux châteaux d’Espagne
Sont tous en ruine ou verrouillés.

Je n’ai pas inventé la roue,
Ni la poudre ni le tabac,
Mais j’ai deux châteaux à Cordoue.
Il paraît qu’ils n’existent pas…

Il paraît que dans ma jeunesse
Le mensonge habitait chez moi,
C’est lui qui me chantait la messe
En promettant n’importe quoi…

L’enfance est loin, l’enfance est morte,
Morte l’Espagne et ses châteaux…
Je n’en chercherais plus les portes
Si je l’avais compris plus tôt.

Déjà le songe se termine
Mais il ne faut rien regretter,
Car si mes châteaux sont en ruine
Ils ne l’ont pas toujours été.

Bernard DIMEY 

J'ai trois amis

J’ai trois amis très chers et dont la qualité
N’est plus depuis longtemps discutée par personne.
Depuis bientôt trente ans, on ne s’est pas quittés
Ils n’ont pas la radio, n’ont pas le téléphone,
Mais j’ai de leurs nouvelles à peu près tous les jours
Ils aiment raconter des histoires, et des bonnes,
Ils viennent me distraire un peu chacun leur tour.

J’ai bien souvent souhaité les connaître un peu mieux,
Apprend d’eux comment on devient admirable,
Déchiffrer peu à peu des secrets dans leurs yeux,
Un soir où par hasard je serais à leur table.
On m’a dit qu’Honoré me ressemblait un peu,
En un mot que j’avais la gueule balzacienne.
J’ai bien souvent rêvé que j’étais son neveu,
Et la chère Eugénie pas cousine germaine.

Ce que j’aurais aimé, c’est aller chez Victor
Place des Vosges, au coin, je connais bien l’adresse,
Lui dire : « Il fait soleil, viens faire un tour rien ne presse ! »
Nous aurions tous les deux arpenté pas à pas
Le boul’vard Beaumarchais en songeant qu’Alexandre
Préparait pour ce soir un superbe repas
Et que ces choses-là sont toujours bonnes à prendre.

Pour me venger un peu de l’époque où je vis
J’ai pour meilleurs amis ces trois grands mousquetaires.
Il est assez mal vu de nos jours par ici
D’avoir pour compagnons des gens qui sont sous terre.
Si le monde a raison, c’est bien doux d’avoir tort
Et je sais, croyez-moi, ce qu’on appelle un homme !
Quand parmi les vivants je n’aurai plus personne,
Il me reste Honoré, Alexandre et Victor.

Bernard DIMEY 

10:18 Écrit par Estrella Santos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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